VIVE LA NATION ! VIVE LA FÊTE NATIONALE !
VIVE LE QUÉBEC !

 

Notes pour un discours patriotique lors de l'événement
"Rêver bleu dans de beaux draps" de la Fête nationale du Québec
dans l'arrondissement du Plateau Mont-Royal

 

Daniel Turp

Député de Mercier à l’Assemblée nationale du Québec
Porte-parole du Parti Québécois pour les Relations internationales
et les Affaires canadiennes

 
 

Montréal
Ruelle Garnier/Fabre

24 juin 2003



L’allocution lue fait foi

Le présent document est affiché sur le site : www.danielturp.org
Pour tout commentaire:  d@nielturp.org

 

 

Chères, chers compatriotes,

          Quelques mots pour vous saluer en cette magnifique jour de Fête nationale, pour saluer mes collègues élues, la conseillère municipale Christine Poulin et le député de Laurier-Sainte-Marie, Gilles Duceppe, pour remercier aussi et surtout André-Bernard Guévin et toute son équipe, qui ont organisé cette extraordinaire Fête de quartier, aux résidentes qui partagent leur ruelle, cette ruelle que vous avez transformé, décoré, fleuri, que les enfants ont rendu plus belle par leurs fresques si inspirées et si inspirantes.

          En cette Fête nationale, qu'inspire ce texte qui vient de lire André-Bernard*, qui rappelle les événements entourant la conscription de 1917, surtout l'événement du 29 août 1917, tenu à l'angle des rues Garnier et Laurier, "près d'un terrain vacant, en présence de cette mer humaine qui remuait, mugissait et hurlait."

          Pour moi, ce texte montre que des choses ne changent pas, d'autres qui changent et qui doivent changer !

Des choses qui ne changent pas

          Les habitantes d'ici sont des patriotes, des personnes qui aiment leur patrie, s'efforcent de la servir, et notamment dans les moments les plus difficiles. Les patriotes d'hier, comme ceux d'aujourd'hui, savent se mobiliser, se rassembler, pour leur patrie, comme ils l'ont fait dans notre coin de pays durant l'été 1917;

          Les gens d'ici étaient, et demeurent toujours des pacifistes, n'aiment pas la guerre. Ils l'ont démontré alors que l'on voulait les conscrire en 1917, et l'ont démontré aussi il y a quelques mois à peine, quand par milliers ils dénonçaient l'intention des Américains et Britanniques de faire la "guerre" à l'Irak.

Des choses qui changent

          Le "O Canada" n'est pas, comme en 1917, le cri de rassemblement et de ralliement des gens d'ici. L'hymne de Basile Routhier et de Calixa Lavallée a été approprié par le pays canadien et le Québec s'est choisi quant à lui un nouvel hymne, le Gens du Pays de Gilles Vigneault, si beau, le seul hymne national au monde j'en suis sûr qui parle d'amour, qui commence par des mots si beaux, par "le temps que l'on prend pour dire : Je t'aime".

          Ce Gens du pays n'est d'ailleurs pas l'hymne des Canadiens-français, comme l'était jadis, en 1917, le O Canada. Il est devenu l'hymne des Québécoises et des Québécois. Il est l'hymne des gens de ce pays, des ces Amérindiens et Inuit dont les ancêtres accueillaient, en cette terre d'Amériques, d'abord des Français, ensuite des Anglais, et depuis toujours des gens venus de cinq continents qui enrichissent le Québec de leurs cultures, de leurs savoirs, de leurs musiques, de leurs histoires, des enfants mis au monde ici, issus de ces "cent peuples venus de loin partager vos rêves et vos hivers, nous avions les mots, de Montale et de Neruda, le souffle de l'Oural, le rythme des haïkaï (Marco Micone, Speak What)".

Des choses qui doivent changer

          En cette Fête nationale, "les vœux que l'on fait, les fleurs que l'on sème", sont de vœux pour un avenir meilleur pour le Québec et pour les gens de ce pays. "Pour vivre leurs espoirs", des choses doivent changer au Québec. Le Québec doit être plus solidaire, le Québec doit être plus libre

          Plus solidaire, avec ses gens d'ici, des démunis qui se demandent pourquoi la grande richesse du Québec n'est pas partagée de tous, avec les peuples du monde qui se demandent aussi pourquoi ils n'ont pas droit à leur juste part de la richesse de l'humanité;

          Plus libre, libre de faire ses choix, de faire tous ses choix, le choix de transformer le pays virtuel en pays réel, de transformer la nation en pays, de donner à la Fête nationale, un véritable État national.

VIVE LA NATION ! VIVE LA FÊTE NATIONALE !
VIVE LE QUÉBEC !

Et pour reprendre les paroles d'un grand patriote, le chevalier de Lorimier

VIVE LA LIBERTÉ ! VIVE L'INDÉPENDANCE !

* Voir le texte de l'article du journal Le Devoir en annexe des présentes notes.

 

 

ANNEXE

Manifestation anticonscriptionniste
Intervention de la police



Le Devoir, 30 août 1917

          Soulevée par les discours enflammés des jeunes orateurs anticonscriptionnistes, une foule de 10 000 personnes massée à l'angle des rues Garnier et Laurier a failli se porter à des excès regrettables hier soir. Sans chef de file, sans organisation, tous ces gens sont partis après l'assemblée, en défilant par l'avenue Papineau, sonnant du clairon et tirant du revolver. Le défilé marcha sans incident jusqu'à la rue Sainte-Catherine, mais arrivé à l'angle Beaudry, un détachement de 150 agents qui attendait les manifestants surgit tout à coup, le revolver à la main, et bloqua la rue. Il s'ensuivit un chahut indescriptible: les coups de feu éclatèrent de toutes parts, les briques et les pierres furent lancées, deux grandes montres des magasins Forté, Poirier et Duschenau volèrent en éclats. Incapables de se frayer un chemin dans la rue Sainte-Catherine, un groupe de manifestants monta par la rue Beaudry jusqu'à la rue Demontigny, la police les suivit au pas de course et après bien des difficultés réussit à disperser la procession; il était alors minuit et demi, comme une légère pluie commençait à tomber, les retardataires se lancèrent dans les tramways en refusant toutefois de payer leurs dix sous. Ce fut le dernier exploit de la soirée mouvementée.

          Le sous-chef Grandchamp et les inspecteurs Bélanger et Roberts qui conduisaient la police en civil furent reconnus et menacés de représailles pour ce soir.

          La réunion qui précéda la procession eut lieu à l'angle des rues Garnier et Laurier, près d'un terrain vacant. Peu nombreuse au début, ce fut bientôt une mer humaine qui remuait, mugissait et hurlait. Un premier groupe vint, clairons en tête, grossir les rangs de l'assemblée; il fut reçu aux acclamations de la foule.

          Bientôt après on entendit un deuxième groupe de 3000 personnes qui débouchait par une rue latérale, en chantant Ô Canada!.

          L'assemblée augmentait toujours, un troisième et un quatrième groupe vinrent enfin se réunir aux autres manifestants, ce fut un tintamarre pendant plusieurs minutes, les sifflets, les clairons, les sirènes d'auto, les clochettes et même les revolvers faisaient un tapage infernal. La foule se hissa sur les balcons, quelques-uns montèrent dans les poteaux, d'autres s'accrochèrent aux galeries et l'on entonna une fois de plus l'Ô Canada!, et l'on criait "À bas Borden", "À bas les Boches!".

          Pendant le discours de M. Mongeau, les premiers coups de feu éclatèrent; ils causèrent tout un émoi. Encouragés par leur demi-succès, les jeunes gens armés de revolvers chargés à blanc recommencèrent leur jeu; bientôt on n'entendit plus rien pendant quelques minutes. Une femme perdit connaissance et dut être transportée dans une épicerie à quelque distance de là; ce fut le seul accident de la veillée.

          Pendant les discours, un auditeur cria: "Hourrah pour Bourassa!" Mal lui en prit, un groupe de la foule qui ne cherchait qu'un prétexte pour agir se mit à sa poursuite et allait lui faire un mauvais parti lorsque l'orateur put l'apaiser.

          M. L. O. Maillé, un des orateurs, voulut, comme d'habitude, établir les responsabilités de chacun dans l'impasse où nous nous débattons; tout alla bien lorsqu'il s'attaqua à Borden, mais dès qu'il eut le malheur "de froisser les sentiments lauriéristes", ce fut le déclenchement d'un tollé général. L'orateur dut se retirer pour revenir à la fin de la soirée, sans plus de succès d'ailleurs.

          Pendant l'assemblée les orateurs organisèrent une collecte pour défrayer les dépenses et en récoltèrent 161 $.

          Les orateurs: MM. Lafortune, Pearson, Maillé, Villeneuve, Mongeau, Bernier et Lamalice n'ont fait que ressasser les arguments employés depuis le début de la campagne anticonscriptionniste.

          M. Villeneuve fit deux discours et termina l'assemblée. La foule était montée, lorsque le dernier mot des discours fut prononcé, les drapeaux s'agitèrent, les coups de feu redoublèrent, quelques-uns chantaient et criaient, ce fut un tumulte général pendant quelque temps. Enfin tous partirent en procession en hurlant en cadence: "À bas, à bas la conscription!"

          Le défilé passa par les rues Garnier, Papineau, Parc Lafontaine, Montcalm et Sainte-Catherine, et les coups de feu attirèrent nombre de gens aux fenêtres et aux portes.