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Les travaux parlementaires
37e législature, 1re session
(début le 4 juin 2003)
Journal des débats
Commission des institutions
Le vendredi 4 juillet 2003, 11 h 30
(non révisé) .
La Présidente (Mme Thériault): Je m'excuse, je dois clore ce bloc
de 20 minutes, donc, merci de vos interventions. Et je retournerai la
parole pour le dernier bloc de 20 minutes avant la mise aux voix du programme
député de Mercier.
M. Turp:Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je me permets de faire
une remarque générale sur le ton. Moi, je suis un nouveau membre de cette
commission des institutions. Je crois que les débats d'hier, dans un domaine
peut-être encore un petit peu plus controversé, peut-être un peu plus
divisés, ont été, je crois, relativement courtois et cordiaux.
Je trouve que, dans ce domaine des affaires autochtones, le ton que choisit
de prendre le ministre ce matin, l'attitude que révèlent ses réponses
aux questions de mon collègue de Chicoutimi n'est pas le ton approprié
dans ce dossier. Je suis surpris du caractère très partisan des répliques
du ministre et je crois qu'il serait bien avisé d'avoir en cette matière
un ton moins partisan et une attitude beaucoup plus conviviale à l'égard
de l'opposition officielle.
Et je crois qu'il serait bien avisé de reconnaître que la volonté du précédent
gouvernement de réussir des choses en la matière s'est traduite par deux
ententes majeures, la «Paix des Braves» et Sanarrutik. Il y avait une
volonté, il y a une volonté qu'il faut, qu'on doit reconnaître au ministre
actuel de faire des choses, de bien les faire. Mais je crois que, sur
cette question-là, le ton partisan et l'attitude partisane n'est pas souhaitable.
Et, M. le ministre, j'espère que le ton changera. Je crois que ce n'est
pas utile pour notre commission qu'un tel ton soit celui qui soit vu et
perçu par les nations autochtones qui sans doute nous écoutent par leurs
conseillers et qui veulent, je crois, qu'en cette Assemblée le parti ministériel
et l'opposition officielle fassent bien les choses et ne se tiraillent
pas comme vous semblez vouloir le faire ou le provoquer.
Je me permets de faire cette remarque, M. le ministre. Vous savez que
je pense que, dans nos assemblées, la courtoisie et le respect s'imposent,
et je crois que c'est un domaine où ils s'imposent encore davantage, celui
des affaires autochtones. Les autochtones d'ailleurs ne sont pas parmi
nous, ils ne siègent pas en cette Assemblée. Il faudrait peut-être parler
de cela aussi un jour pour nous le rappeler à nous. Alors, je me permets
peut-être de le suggérer...
M. Descoteaux: Point d'ordre, s'il vous plaît. Peut-être un point
d'ordre. On attaque le ton, mais c'est une attaque purement subjective.
Je note que mon collègue de Mercier n'a soulevé aucun propos non parlementaire
du ministre. Il n'y a rien à reprocher au ministre comme tel dans ses
propos, mais le ton, je trouve c'est subjectif, et on écarte la commission
de son travail.
La Présidente (Mme Thériault): Dans les circonstances, ce n'était
pas une question de règlement, M. le député de Groulx. Donc, je redonnerai
la parole au député de Mercier.
M. Turp: Mme la Présidente, c'est pour la suite de nos travaux
que je faisais cette remarque-là, et je suis content de constater que
je n'ai pas utilisé de termes non parlementaires. Ce n'est pas mon intention
et ça ne sera pas mon intention de le faire pendant toute cette législature.
M. le ministre, le rapport Chevrette me permet de suggérer aux membres
de cette commission la lecture du rapport Chevrette. Quelles que soient
nos affiliations politiques, et tout ça, le rapport Chevrette est un bel
instrument pédagogique pour comprendre la situation actuelle des nations
autochtones au Québec. Et il comprend bien sûr une analyse de l'entente
de principe, de ses difficultés, mais il comprend un certain nombre d'annexes,
des recommandations bien sûr, mais des annexes qui présentent la situation
des nations autochtones, la liste des jugements et d'événements importants
en matière autochtone et qui comprend les principes adoptés par le gouvernement
du Québec en 1983, la motion de 1985.
C'est un document éminemment pédagogique, et je recommande sa lecture
aux membres de la commission qui, dans l'avenir, se pencheront à nouveau
sur les affaires autochtones. Et, pour tous ceux qui nous écoutent, je
crois que c'est un bel instrument pour comprendre la situation complexe
des nations autochtones puis les rapports qu'ils ont avec la nation québécoise.
population active est au chômage? Comment ne pas vouloir réagir face à
l'explosion
Mais je veux surtout parler de ce document en citant M. Chevrette qui,
dans un certain élan – on le connaissait, c'était un homme très humain
et tout ça – concluait de la façon suivante: «Je ne peux terminer sans
vous livrer ma principale motivation qui me pousse à travailler dans ce
dossier auquel je souhaite une heureuse conclusion. Ayant eu la chance
de voir de près la réalité des autochtones, je crois avoir compris l'importance
et surtout l'urgence d'agir – l'urgence d'agir et il motive l'urgence:
Comment demeurer insensible devant des groupes dont 66 % de la démographique
qui a fait doubler cette population en 15 ans? Les Innus comptent aujourd'hui
60 % de personnes de moins de 35 ans et 35 % de jeunes de moins de 15
ans.» Il parle des Innus mais la situation dans les autres nations autochtones,
les 10 autres nations autochtones du Québec, est analogue.
Alors, vous savez, quand mon collègue de Chicoutimi pose des questions
sur les échéances, je pense qu'on doit avoir à l'esprit l'urgence d'agir
dont M. Chevrette parlait. Et l'urgence d'agir, dans ce domaine-là et
à l'égard de cette entente de principe et du traité qu'on veut négocier,
mais d'autres ententes qui sont à venir.
Alors, je comprends qu'il faut bien faire les choses, que des gouvernements
font très bien certaines choses, moins bien certaines choses. Mais les
échecs évoqués là, bien ne les évoquez pas trop et... Parce que, peut-être,
que vous en aurez aussi, des échecs, et vous ne souhaiteriez pas, surtout
dans ce domaine-là, qu'on mette l'accent, nous, l'opposition officielle,
sur vos échecs, comme vous avez eu tendance à le faire ce matin. Alors
donc, l'urgence d'agir.
Et je remarque d'ailleurs que, hier, le ministre avait tendance à ne pas
vouloir parler d'échéancier mais, aujourd'hui, il vantait l'échéancier
qu'il y a dans l'Engagement politique mutuel de l'automne 2003 et 2004.
C'est dire que, donc, les échéanciers sont importants dans tout ce qui
concerne les négociations, pas seulement en ce qui concerne les autochtones,
mais aussi les rapports avec les partenaires fédératifs, pour reprendre
le langage du gouvernement. Alors donc, urgence d'agir, de bien agir,
mais urgence quand même, en ce domaine. Alors, j'ai une série de questions,
Mme la Présidente, pour le ministre. Ma première question – c'est dommage
qu'on ait si peu de temps, là – mais le grand portrait, M. le ministre,
c'est une entente. Il y en a eu d'autres, il y en aura d'autres. Quelle
préoccupation avez-vous pour harmoniser les ententes? Qu'est-ce qui doit
être commun aux ententes entre la nation québécoise et les nations autochtones,
celles qui existent, celles qui sont sur le point d'exister et qui existeront?
Ma question porte peut-être plus spécifiquement sur l'idée qui émerge
de ces ententes des gouvernements autochtones. Est-ce que le Parti libéral
du Québec, le nouveau gouvernement, veut, à terme, créer des gouvernements
autochtones au sens plein du terme? Et comment envisage-t-il ses rapports
avec le gouvernement du Québec, les relations? Y aura-t-il des affaires
intergouvernementales, un jour, entre le gouvernement du Québec et des
gouvernements autochtones qui seraient créés par des ententes?
Ma deuxième question, peut-être que vous avez déjà répondu mais je veux
souligner ma grande préoccupation. J'ai d'ailleurs demandé à notre secrétaire
– je pense qu'il va faire la demande au secrétaire général de l'Assemblée,
en tout cas je le souhaite – je crois qu'il y a un problème réel avec
l'engagement politique qui a été conclu. Parce qu'on pourrait avoir porté
atteinte aux privilèges collectifs de cette Assemblée en établissant,
en établissant, un conseil conjoint des élus, donc demande de cette Assemblée
nationale.
Le gouvernement, à mon avis, on aura un avis, ne peut pas établir un conseil
conjoint des élus. Il porte atteinte à la séparation des pouvoirs entre
le gouvernement et l'Assemblée nationale. Et je crois que cela devra être
rectifié. On voit la conséquence possible de cela. On voit, et le ministre
l'a laissé entendre, qu'il pourrait même exclure des représentants de
l'opposition officielle. Donc, je voulais faire cette remarque.
Une autre question, et elle va dans le sens d'une question que j'ai posée
hier: Est-ce qu'il ne faudrait pas envisager, à terme aussi, que les ententes,
les traités – et vous avez vous-même tout à l'heure qualifié les traités,
le traité à venir avec les Innus de traité important. Est-ce qu'on ne
devrait pas envisager que ce traité soit approuvé par l'Assemblée nationale
du Québec et qu'il y ait un débat à l'Assemblée avant la signature de
ce traité à venir et qui aurait un caractère important? Je crois que cela
mérite réflexion et j'aimerais avoir les réflexions préliminaires du ministre
sur cette question.
On n'a pas beaucoup parlé de la situation internationale. Je voudrais
savoir si le Secrétariat aux affaires autochtones suit de près les discussions
à Genève, celles qui ont lieu dans un certain nombre d'instances, de forums,
de groupes de travail. Je voudrais savoir si c'est vous, au Secrétariat,
ou au ministère des Relations internationales, ou si vous collaborez ensemble
sur cette question.
Et, dernière question, peut-être que le ministre pourra répondre par écrit
s'il n'a pas le temps de répondre à toutes ces questions, ma dernière
question porte sur une suggestion de M. Chevrette: Est-ce que le ministre
croit utile, pense nécessaire d'ajouter aux futures ententes avec les
autochtones une disposition qui dirait que toute référence à la Loi constitutionnelle
de 1982 ne constitue pas une reconnaissance implicite de la Constitution
canadienne par le Québec? Est-ce que le ministre a l'intention d'inclure
une telle disposition dans les ententes à venir avec les nations autochtones?
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault): Merci, M. le député de Mercier.
À ce stade-ci, j'aimerais préciser que vous avez demandé des précisions
au secrétaire, il est vrai. Par contre, la commission n'est pas l'endroit
où vous pouvez demander un avis. Donc, si vous le jugez nécessaire, vous
pourrez demander une question de droit et de privilège à l'Assemblée nationale,
mais non pas en cette commission.
M. Turp: J'ai beaucoup à apprendre encore en cette Chambre, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault): Ça me fera plaisir de vous éclairer
du mieux que je le peux. Donc, je passe la parole au ministre.
M. Pelletier:Merci, Mme la Présidente. Si je comprends bien, il
ne me reste pas grand temps cependant, hein? Il me reste?
La Présidente (Mme Thériault): Il vous reste huit minutes.
M. Pelletier: Huit minutes?
La Présidente (Mme Thériault):Oui.
M. Pelletier: Alors, d'abord, par rapport au ton, je vais dire
au député de Mercier, qui est quand même nouveau dans cette Assemblée,
que ça arrive au Québec qu'il y ait des débats vigoureux, ça arrive qu'il
y ait des échanges d'idées, qui soient donc des échanges bien nourris.
Je pense que vous allez vous y faire à la longue.
Cela dit, j'ai reconnu d'emblée, moi, les bons coups du gouvernement précédent
dès le départ, moi, dès le début dans mon exposé de présentation, et je
n'ai pas remis en question non plus la bonne foi du gouvernement précédent
dans la conduite des relations avec les autochtones, au contraire. Alors,
honnêtement, là, je pense que le ton était celui d'un débat qui porte
sur des enjeux qui nous tiennent à coeur tout simplement de part et d'autre.
Ça, j'en conviens. Mais je ne crois pas que, ni de votre côté ni du mien,
nous ayons dépassé ce à quoi normalement on doit s'attendre d'un débat
politique.
D'autre part, quand vous parlez du conseil des élus, qui fait l'objet
donc de l'entente avec l'Assemblée des premières nations du Québec et
du Labrador, vous dites: Le ministre a laissé entendre qu'il pourrait
exclure les députés de l'opposition officielle; moi, ce n'est pas ce que
j'ai dit. J'ai dit qu'il y aurait une négociation avec les autochtones
sur la composition du conseil conjoint des élus, du forum des élus, il
y aurait une négociation avec les autochtones, et que je suis ouvert,
moi, à l'idée que les membres de l'opposition officielle fassent partie
de ce comité, de ce forum politique; cependant, que je respectais suffisamment
les autochtones pour attendre d'entamer avec eux des discussions parce
que, justement, il doit y avoir des discussions et il doit y avoir des
négociations, et je ne veux présumer en rien de la nature même des négociations.
Cela dit, l'argument concernant la séparation des pouvoirs, à mon avis,
est un argument qui, soit dit en tout respect, ne tient pas du tout la
route, si ce n'est le fait que les ministres du gouvernement sont eux-mêmes
des élus à l'Assemblée nationale du Québec. Alors, les ministres eux-mêmes
et le premier ministre s'engagent à être présents au forum des élus. Nous
ne nous en tiendrons vraisemblablement pas à cela, mais au moins, à tout
le moins, on peut assurer la présence des ministres au forum des élus
et, de cette façon-là, la séparation des pouvoirs sera tout à fait préservée.
Nous sommes, ne l'oublions pas, ministres mais en même temps élus du peuple.
D'autre part, bien, vous conviendrez avec moi que ce n'est probablement
pas votre argument, disons, le plus frappant que vous ayez avancé depuis
deux jours.
En ce qui concerne l'harmonisation des ententes, là, je ne suis pas certain
de vous avoir bien compris, parce que notre but, c'est plutôt d'avoir
des ententes qui sont adaptées aux intérêts et aux préoccupations de chaque
nation autochtone et, dans certains cas, même de chaque communauté concernée.
Donc, on n'évolue pas vers un processus d'harmonisation, on évolue plutôt
vers un processus de respect de la diversité autochtone. Là, je pense
que la nuance est importante. Je ne sais pas comment je dois interpréter
le terme «harmonisation des ententes» mais, honnêtement, je dois vous
dire que, en tout cas, ce n'est pas vers ça qu'on se dirige, là. On se
dirige plutôt vers, finalement, une adaptation des ententes aux circonstances
sociopolitiques qui sont propres à chaque nation autochtone et également
à chaque communauté autochtone.
Par ailleurs, je dois vous dire que le dossier autochtone est tellement
une préoccupation pour le gouvernement que le premier ministre lui-même
jusqu'à présent s'est beaucoup, beaucoup, beaucoup impliqué dans ce dossier-là.
Il faut admettre que le premier ministre du Québec, le nouveau premier
ministre du Québec, s'est beaucoup impliqué dans le dossier autochtone
depuis le début du mandat. Et, lorsqu'il a décidé de joindre... bien,
joindre d'une certaine façon, de me confier la responsabilité des affaires
intergouvernementales puis du dossier autochtone, il posait un geste,
dans le fond, à mon avis, qui est riche en symboles, où il est en train
de dire qu'il était important que le Québec se fasse respecter dans l'ensemble
canadien pour sa spécificité, pour sa singularité, tout autant qu'il est
important qu'au Québec nous respections, en fin de compte, les autochtones
dans ce qui aussi les singularise.
Il y a un lien entre les deux et le mot-clé du lien qui existe entre les
deux dossiers, c'est le mot «respect», le respect que le Québec veut avoir
pour lui-même en tant que société tout à fait particulière dans le contexte
américain, par rapport évidemment à ses partenaires fédératifs, d'une
part, et, d'autre part, le respect dont nous voulons finalement... que
nous voulons avoir pour les autochtones qui habitent sur le territoire
du Québec. Alors, il y a quand même un lien entre les deux dossiers. Je
ne vous dirai pas qu'il faille extrapoler davantage ou qu'il faille aller
beaucoup plus loin dans la recherche de convergence entre les deux dossiers,
je vous dirai qu'au moins il y a ce lien-là qui se résume par le mot «respect».
Et c'est pourquoi le premier ministre justement parlait de diplomatie
intérieure. C'est dans le contexte où la diplomatie permet d'avoir de
bons rapports avec autrui, et nous espérons que le Québec aura de bons
rapports avec les autres provinces et le fédéral dans le contexte canadien
tout autant que nous espérons que les autochtones et les non-autochtones
auront des bons rapports entre eux et qu'ils auront aussi des bons rapports
avec le gouvernement du Québec dans le contexte québécois.
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