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LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE
Cet avocat de Verdun vient d’être admis dans
le club des experts en droit international
Jean-Pierre Bonhomme
La Presse, 3 septembre
1989, p. B-3
Les Québécois peuvent être fiers de
leur passé récent en matière de respect des droits de l’Homme.
Mais ils doivent demeurer vigilants à cet égard, rester critiques
et s’ouvrir encore l’esprit aux besoins de leurs concitoyens minoritaires
et, particulièrement, à ceux des autochtones.
En réalité la Charte québécoise des
droits de l’Homme, plus précisément nommée la « Charte des
droits et libertés de la personne », est un document modèle
sur le plan du droit international. Ce document « innove »,
si on le compare aux autres.. La Charte reconnaît, par exemple,
le droit des personnes de recevoir du secours, d’être respectées
et d’obtenir des soins médicaux, entre autres particularités.
L’avocat qui s’exprime ainsi, Me Daniel
Turp, a décidément voix au chapitre dans ce domaine des législations
qui gouvernent les relations des États entre eux et des États avec
leurs citoyens.
Monsieur Turp vient de recevoir, le
14 août dernier, un diplôme de l’Académie de droit international
de La Haye, une reconnaissance mondiale fort convoitée.
Cette année, comme par les années passées,
quelque 300 experts en droit international ont subi un examen écrit
et oral particulièrement méticuleux en matière de droit international.
Monsieur Turp et un collègue américain ont seuls été reçus. Le
fait a été signalé à La Presse par Monsieur Arden R. Furlotte, secrétaire
général de la Société de droit international économique du Canada,
qui l’a jugé important. Pour cette raison, La Presse a fait de
Me Turp sa Personnalité de la semaine.
Daniel Turp est naturellement fier
de cette reconnaissance accordée par un organisme financé par la
Fondation Carnegie, celle-là même qui appuie le Palais de la Paix
de La Haye où loge la Cour internationale de justice. L’avocat
nous apprend, en passant, avec une fierté légitime, qu’il est le
premier Québécois à avoir accédé à ce club sélect des « diplômés »
du droit international de La Haye. Jusqu’à maintenant, seulement
deux Canadiens anglais avaient accédé à cet honneur.
Un intérêt pour les droits de l’Homme
Ce jeune Verdunois de naissance est
âgé de 34 ans. Il habitait la 5e Avenue, près de la
rue Bannantyne. Un confrère, Verdunois lui aussi, confiait la semaine
dernière que Daniel Turp brillait déjà à l’école secondaire
Richard où son intellect dépassait d’une bonne coudée celui de bien
des confrères. Et son intérêt pour la protection des droits collectifs
nationaux, ajoute le même confrère, se manifestait déjà à cette
époque.
Monsieur Turp a étudié le droit à l’Université
de Sherbrooke et dans d’autres facultés du Québec et d’Europe.
Il est aujourd’hui professeur agrégé de droit international à l’Université
de Montréal. Il enseigne aux 300 étudiants de la principale faculté
de Droit du Québec, le cours obligatoire de droit international.
« Les étudiants québécois en droit,
dit-il, s’intéressent de plus en plus aux règles qui gouvernent
les relations ente les États. » Le nombre des étudiants qui
s’inscrivent aux cours « optionnels » que donne Monsieur
Turp, ceux des « relations économiques internationales »,
du « droit de la personne » et du droit du développement »,
dit-il avec satisfaction, est en rapide croissance. Une centaine
d’étudiants suivent le cours des relations économiques internationales.
Ce sont les tribunaux canadiens qui
sont responsables de cet intérêt accru, soutien monsieur Turp.
En effet, explique-t-il, les juges utilisent de plus en plus les
conventions internationales pour interpréter la Charte québécoise
des droits. Il y a donc lieu, si l’on veut être présent en ce domaine
relativement nouveau du droit, de se sensibiliser aux règles du
droit mondial.
L’ouverture de monsieur Turp, dans
le champ international et sa sensibilisation aux relations du Québec
avec l’étranger n’attire pas que les étudiants.
Un conseiller gouvernemental
En 1985, monsieur Turp était le conseiller
du gouvernement Lévesque lors des pourparlers sur la réforme constitutionnelle
canadienne. Il avait alors formulé une pensée sur la nécessité
de reconnaître le Québec comme une société distincte. Sa compétence
en la matière avait certes été révélée par les études qu’il avait
rédigées sur le sujet, notamment celle publiée en 1982 sur le « droit
de sécession en droit international public ».
Plus récemment les hommes politiques
québécois de tendances idéologiques opposées, dont deux avocats,
MM. Guy Bertrand et Gil Rémillard, se réclamaient de lui pour faire
valoir leur option constitutionnelle. Les Québécois doivent-ils
craindre, en se faisant nommer « société » de se faire
rabattre au rang de groupuscule ? se demandait-on de part et d’autre
en prenant monsieur Turp à témoin.
Un indépendantiste
Daniel Turp ne refuse pas d’aller au
fond des choses à cet égard. Il avoue spontanément être lui-même
« indépendantiste ». Mais il estime que le Québec, jusqu’à
aujourd’hui, et peu importe les régimes gouvernementaux, n’a pas
perdu son droit à l’autodétermination. Le droit du Québec de se
gouverner selon le mode de son choix, dit-il, est reconnu par les
deux pactes internationaux relatifs aux droits de la personne.
Ces documents, dit-il, auquel le gouvernement fédéral canadien a
souscrit, accordent aux peuples ce droit de s’autodéterminer. Il
reconnaît par ailleurs au gouvernement Bourrassa le « courage »
d’avoir crée un ministère des Affaires internationales. Il estime
par ailleurs qu’en insistant pas pour avoir une équipe autonome
aux Jeux de la francophonie du Maroc, le Québec a subi un « recul diplomatique ».
Il aurait été préférable, « pour
enlever certaines ambiguïtés en droit international », dit-il,
que l’Accord du lac Meech, parle du « peuple » québécois.
Mais la collectivité québécoise a déjà exercé son droit, lors du
référendum de 1980, en faisant un choix fédéraliste. Cette même
collectivité pourrait bien, légitimement, et c’est ce qu’il souhaite,
choisir démocratiquement, plus tard, une option plus autonomiste,
la confédérative comme celle de René Lévesque, par exemple, ou toute
autre de son choix.
Quoi qu’il en soit, monsieur Daniel
Turp estime que la collectivité québécoise est une société riche
qui doit rester ouverte sur le mode et se montrer généreuse avec
ses partenaires du Canada Il estime que le Québec a la responsabilité
particulière de s’intéresser de près aux besoins des pays moins
nantis, notamment à ceux d’Afrique française qui vivent actuellement
des revers catastrophiques.
Ici même, conclut monsieur Turp, les
Québécois doivent protéger leur précieux cadre législatif, en matière
des droits de l’Homme. Ils doivent renforcer leur société française
en l’enrichissant d’une bonne diversité ethnique.
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