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PROFIL :
« Qu’est-ce qui fait courir Daniel … ? »
Par Julie Brunelle
Le Pigeon dissident (Le journal des étudiants de la Faculté de droit
de l’Université de Montréal), 25 janvier 1988, p. 9
Entre un cours
et une réunion, Daniel Turp nous a accordé une heure d’entrevue
; une petite heure arrachée à son horaire chargé. L’atmosphère était
davantage propice aux confidences qu’à l’humour : un salon
des professeurs désert et deux pigeonnoises toutes prêtes à recueillir
les révélations de ce professeur de droit international dont on
sait, somme toute, peu de choses : marié à Bartha Knoppers,
une non moins célèbre professeure de notre faculté, deux enfants,
nationaliste et aussi, pourrait-on ajouter, quelque peu bourreau
de travail, comme le prouvent les difficultés qu’on éprouve à l’attraper
entre deux cours, trois réunions et un voyage. Ce que Daniel Turp
nous a laissé entrevoir de lui lors de cette entrevue détonne un
peu avec son image en tant que professeur ; beaucoup moins cabotin,
plus grave en quelque sort.
Mais passons
par-dessus les considérations existentielles et venons-en à la substance :
vous voulez sûrement connaître ses antécédents, eh bien voilà :
il est né à Verdun, d’une famille sans tradition juridique et, détail
intéressant, le nom Turp vient de son grand-père, marin britannique
qui lors d’un voyage a épousé une québécoise. Quand est venu le
temps de l’université, Daniel Turp a préféré « s’exiler »
à Sherbrooke pour faire son droit, poussé par un désir certain d’indépendance.
C’est d’ailleurs dans cette contrée lointaine qu’il rencontrera
Mme Knoppers. Ayant fait beaucoup de politique étudiante, il fera
une quatrième année, mais cette fois-ci à Montréal, il pratiquera
quelque temps, ce qui en passant ne l’a pas emballé du tout. Selon
lui, le discours d’argent continu y régnant ne laisse que trop peu
de temps pour s’attarder aux choses humanitaires. Tout en faisant
son Barreau, il rédige sa thèse de maîtrise, sur un sujet tout-à-fait
de circonstance à l’époque, en 1976, à savoir le droit de sécession
en droit international public et son application au cas du Québec.
Il passe ensuite quelques années d’études en Europe avec sa femme,
où naîtra d’ailleurs Nicolas, leur premier enfant.
Il est, comme
nous l’avons mentionné précédemment, un homme très occupé. Mais,
outre ses cours et ce qui s’y rattache, qu’est-ce qui le fait tant
courir ? (d’ailleurs, on se demande sérieusement si ses journées
comptent bien le même nombre d’heures que pour nous, commun des
mortels !). La SQDI (Société Québécoise de Droit Internationale)
entre autres, l’occupe énormément. C’est d’ailleurs lui qui l’a
fondé, avec Francis Rigaldies qui fut jadis (!!!) son professeur,
et c’est aussi lui en grande partie, qui lui fera découvrir et aimer
le droit international. C’est lorsque Daniel Turp étudiait à Paris
qu’il eût l’idée de fonder une telle société en constatant le peu
de matériel de langue française disponible dans cette matière.
La SQDI compte
maintenant à son actif deux publications périodiques, la Revue Québécoise
de Droit International et les Documents Juridiques Internationaux
; sans oublier les autres activités, comme les concours et les conférences.
C’est une réalisation dont, bien qu’elle lui mange peut-être un
peu trop de son temps, il semble assez fier.
On ne pourrait
pas parler de Daniel Turp sans parler de ses deux enfants :
Catherine, la cadette, qui selon ses propres dires, est douce et
flexible comme son père, et Nicolas, plus « intense »
paraît-il. Ceux-ci parlent anglais à la maison et vont également
à l’école anglaise. Ce fait ne heurte-t-il pas les valeurs nationalistes
qu’on lui connaît ? Que ses enfants aient d’abord été baignés dans
un milieu et une culture anglophones, cela le chagrine certainement
un peu mais il est rassuré, car l’an prochain, ils iront tous deux
dans un lycée français à LaHaye aux Pays-Bas. Eh oui, toute la petite
famille se transporte là-bas, puisque notre cher professeur profitera
alors d’un congé sabbatique, qu’il espère utiliser à terminer la
rédaction de son mémoire de doctorat sur la contribution du Canada
et du Québec à la mise en œuvre des traités sur les droits et libertés.
Nous croyons pouvoir affirmer sans nous tromper que ce congé est
vraiment le bienvenu. Daniel Turp nous est apparu fatigué et soulagé
à la pensée de ce congé.
Il trouve malgré
tout cela, le temps d’entretenir d’autres passions, comme par exemple
l’écoute du champ choral, dont il nous a beaucoup parlé et qui semble
le stimuler énormément. Il nous a également mentionné le goût, que
son fils fait revivre en lui, pour les sports.
Comme vous le
constatez, une petite heure d’entrevue, lorsque l’interviewé est
un être intéressant et intéressé par une foule de sujets, peut contenir
bien des révélations (dont certaines ne vous seront point révélées
!) ; un peu de mystère est toujours nécessaire.
Oups, j’avais
oublié de vous mentionner la réponse à la question qui fuse sûrement
sur toutes vos lèvres ; il n’y a aucune signification particulière
aux nœuds papillon, si ce n’est le côté esthétique de la chose et
le fait que beaucoup de professeurs de droit international en portent
aussi. Serait-ce également le besoin de se distinguer ?
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