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Titre de La Presse
«Constitution d'un Québec indépendant :
il faut se mettre à la tâche»,
La Presse, 10 février 1999, p. B-3.
S'il
est un débat qui a connu des péripéties nombreuses au sein du mouvement
souverainistes au Québec, il s'agit bien de celui relatif à la Constitution
du Québec, comme le souligne Pierre O'Neill dans son article "Les
interdits" (Le Devoir, 27 janvier 1999, p. A-1). Lors de
leur Conseil national du 30 janvier, les membres du Parti Québécois
n'ont pas voulu donner suite à la volonté de certains militants
de "rédiger un projet de Constitution pour un Québec indépendant".
Un tel refus de procéder à la rédaction d'une Constitution ne devrait
toutefois pas être interprété comme excluant l'idée de réfléchir
sur la Constitution, de penser le cadre constitutionnel dont le
Québec entend doter son État souverain.
Un tel
exercice de réflexion constitutionnelle ne devrait toutefois pas
avoir comme objectif et finalité immédiates la rédaction même d'une
constitution. Si des projets de Constitution pour un Québec souverain
ont déjà été rédigés, qu'il s'agisse de celui préparé par certains
députés et ministres québécois au lendemain de l'élection de 1981
(jamais rendu public), par le Parlement étudiant du Québec et par
le soussigné (http://www.rocler.qc.ca/turp/avenir/Publications5.htm),
il ne semble pas essentiel d'entreprendre un exercice additionnel
de rédaction collective en raison du caractère éminemment technique
d'un tel exercice.
En revanche,
il apparaît éminemment pertinent d'approfondir la réflexion sur
les orientations fondamentales et le contenu général d'une future
Constitution québécoise. Une telle réflexion doit compléter celle
qui a été commencée en 1994 autour des articles 3 et 14 de l'Avant-projet
de loi sur la souveraineté. Ces articles ont d'ailleurs été
à l'origine de débats fort intéressants devant les commissions régionales
et ont amené la Commission nationale sur l'avenir du Québec à formuler
des propositions plus détaillées sur la question d'une constitution
du Québec souverain. Ces propositions ont conduit à l'insertion
dans le Projet de loi n 1 sur l'avenir du Québec de plusieurs
articles sur une "Nouvelle constitution" (art. 6 à 9) que les membres
du Parti Québécois ont intégré à leur programme, avec quelques modifications
mineures, lors du Congrès national de novembre 1996.
Une
lecture des articles 4.1 à 4.6 du Chapitre 1 du programme actuel
du Parti Québécois portant sur la Constitution révèle certaines
lacunes qui méritent d'être comblées dans le cadre d'un nouvel exercice
de réflexion constitutionnelle. Puisqu'une description des institutions
de l'État s'avère l'une des composantes fondamentales de tout texte
constitutionnel, il serait opportun que les souverainistes identifient
les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires
dont un Québec souverain devrait se doter, qu'ils décrivent leur
fonctionnement et définissent la nature de leurs rapports. Un tel
exercice engendrerait nécessairement un débat sur des questions
qui n'ont pas été suffisamment et ouvertement discutées par les
souverainistes depuis longtemps, qu'il s'agisse du mode de scrutin,
de l'existence d'une seconde chambre parlementaire, de l'élection
d'un chef d'État au suffrage universel ou de l'existence d'une Cour
constitutionnelle pour le Québec. Les souverainistes ne devraient
pas craindre d'aborder de telles questions, alors que les Britanniques,
les Écossais, les Néo-Zéalandais et les Australiens s'interrogent
sur ces questions et procèdent à des réformes visant à adapter leurs
institutions à réalité contemporaine.
Comme
la pratique constitutionnelle l'a également démontré récemment dans
plusieurs pays, la nature des relations d'un pays avec la communauté
internationale de même qu'avec toute union ou de communauté dont
il est membre doit également être abordée dans une loi fondamentale.
Il devient donc impérieux de penser également nos rapports au monde
en termes constitutionnels et de déterminer l'importance qu'auront
notamment les traités internationaux dans l'ordre constitutionnel
québécois.
Enfin,
les réflexions des souverainistes québécois n'ont guère porté à
ce jour sur la question des modalités de révision de la Constitution,
ce qui peut s'expliquer par la situation qui prévaut au Canada en
cette matière. Mais, il est essentiel de déterminer si la Constitution
d'un Québec souverain pourra être amendée sur la base d'une initiative
populaire, parlementaire ou présidentielle et si un référendum devrait
être requis pour approuver toute modification constitutionnelle.
S'il
paraît ainsi opportun que les membres du Parti Québécois complètent
leur programme sur ces derniers éléments constitutionnels, il me
semblerait aussi important que le débat sur la Constitution devienne
l'affaire de l'ensemble du mouvement souverainiste. Avec ses chantiers
de réflexion, le Bloc Québécois deviendra également en 1999 un lieu
privilégié pour débattre de cette question. Les Partenaires pour
la souveraineté, et leurs militants les plus actifs regroupés au
sein des Intellectuels pour la souveraineté et de Genération-Québec,
se sont également montré intéressés à participer à l'élaboration
d'une Constitution québécoise.
Dans
cette perspective, un Forum constituant devrait être créé pour entreprendre
un exercice de réflexion constitutionnelle et comprendre des représentants
du Parti Québécois, du Bloc Québécois et des Partenaires pour la
souveraineté. Pour suivre la voie retenue par le le Projet de loi
sur l'avenir du Québec programme même du Parti Québécois, il faudrait
d'ailleurs assurer qu'un tel Forum constituant soit composé d'un
nombre égal d'hommes et de femmes, qu'il soit formé de parlementaires
et de non-parlementaires et qu'elle comprenne des Québécois d'origines
et de milieux divers. Un tel Forum pourrait ainsi devenir l'embryon
d'une véritable assemblée constituante dont la responsabilité sera
de "rédiger", au moment opportun, une "Première Constitution" pour
le pays du Québec.
L'exercice
de réflexion constitutionnelle dans lequel les souverainistes devraient
s'engager est susceptible d'engendrer débats que certains ont voulu
éviter, dont ils ont pensé, pensent encore qu'ils seraient divisifs.
Un tel exercice permettra pourtant de s'engager dans la réflexion
sur le projet de démocratie qui doit accompagner le projet de pays,
dont il doit être le fondement et qui peut créer le cadre de participation
à l'intérieur duquel les projets de société pourront être débattus
par les nouveaux citoyens d'un Québec souverain. Ainsi, cet exercice
risque de stimuler la réflexion générale sur la souveraineté, une
souveraineté qui est certes nécessaire, mais qui doit aussi être
réfléchie.
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